Une coque ouverte, une pagaie simple et un équipage à genoux ou assis sur un banc : le canoë canadien se reconnaît à ces trois traits, qui le séparent du kayak. Chaque modèle, d'une à trois places, trouve sa place sur une rivière tranquille, en eau vive et même en randonnée de plusieurs jours.
Canoë ou kayak ? Le canoë canadien prend la pagaie simple, un bateau sans pont et du volume pour les sacs ; le kayak prend la pagaie double et une position assise jambes allongées. Pour une descente de rivière avec des enfants ou un bivouac en pleine nature, le canoë l'emporte ; pour la vitesse et la mer, le kayak.
D'où vient le nom de canoë canadien ?
Le canoë canadien doit son nom aux embarcations d'écorce de bouleau des peuples autochtones d'Amérique du Nord, en particulier des nations algonquiennes, qui circulaient sur les rivières et les grands plans d'eau du nord du continent. Le revêtement léger, tendu sur une armature de bois et cousue de racines, se réparait en chemin et se portait d'un bassin à l'autre.
Les explorateurs européens puis les voyageurs de la traite des fourrures adoptent cette embarcation aux XVIIe et XVIIIe siècles : de grands canots chargés de ballots relient Montréal aux postes de l'intérieur, et le canoë devient le moyen de transport du développement du Canada. Le mot « canot » vient d'ailleurs d'un terme arawak des Antilles, passé par l'espagnol.
En France, l'adjectif « canadien » sert surtout à distinguer cette embarcation à coque ouverte du kayak, que l'usage a longtemps appelé lui aussi « canoë ». Le terme officiel des fédérations reste « canoë », et la Fédération française de canoë-kayak et sports de pagaie regroupe les deux pratiques. Le canoë figure aux Jeux olympiques depuis Berlin en 1936 en course en ligne, et le slalom y entre en 1972, et les championnats du monde se disputent chaque année.
Canoë canadien et kayak : les différences qui comptent
Le canoë canadien et le kayak se distinguent d'abord par la pagaie et la position du pagayeur, puis par la carène. Le tableau compare les deux embarcations sur les critères qui orientent un choix de pratique.
| Critère | Canoë canadien | Kayak |
|---|---|---|
| Pagaie | Pagaie simple, une seule pale | Pagaie double, une pale à chaque bout |
| Position | À genoux ou assis sur un banc | Assis, jambes allongées |
| Coque | Ouvert, sans pont | Souvent pontée, avec hiloire, ou sit on top |
| Volume de chargement | Grand : emport de sacs pour plusieurs jours | Réduit aux trappes et au pont |
| Équipage | Un à trois pagayeurs | Un ou deux pagayeurs |
| Terrain favori | Rivière, étang, randonnée fluviale | Mer, vitesse, torrent sportif |
Le kayak gonflable et le kayak rigide de type sit on top brouillent un peu la frontière, puisque leur pont reste ouvert. La double pale suffit pourtant à les classer du côté du kayak. Pour celui qui veut couvrir de longues distances en solo, le kayak de randonnée pour voyager plusieurs jours garde l'avantage de la vitesse et de la protection contre les vagues.
Les types de canoës canadiens selon le matériau
Un canoë canadien se choisit d'abord par son matériau, qui fixe le poids, la résistance aux chocs et l'entretien. Les fabricants proposent aujourd'hui cinq grandes catégories de construction.
- Polyéthylène rotomoulé
- Le matériau le plus répandu chez les loueurs : lourde, mais presque insensible aux rochers et aux échouages. Elle convient à la pratique en famille et aux débutants.
- T-Formex et matériaux multicouches
- Le T-Formex remplace le Royalex, dont la production s'est arrêtée en 2014. Ce sandwich de plastiques plie sous le choc puis reprend sa forme, ce qui en fait le matériau de référence des expéditions dans les rapides.
- Composites : fibre de verre, aramide, carbone
- Plus légers et plus rigides, ces bateaux glissent mieux sur un étang et se portent plus facilement. Elles craignent davantage les rochers et demandent un peu d'entretien.
- Canoë en bois
- Lattes de cèdre stratifiées ou bois et toile, à la manière des ateliers canadiens : un canoë en bois traditionnel reste l'embarcation la plus élégante, réservée aux amateurs prêts à l'entretenir.
- Gonflable
- Un canoë gonflable tient dans un sac à dos ou un coffre de voiture. Il gagne en transport ce qu'il perd en glisse et en tenue face au vent.
Des canoës fabriqués en France existent également dans plusieurs de ces catégories, surtout en polyéthylène et en composite, et les clubs disposent souvent d'une flotte mixte pour faire essayer les différents bateaux.
Comment choisir un canoë canadien ?
Un canoë canadien se choisit selon le nombre de places, la longueur et la largeur, puis selon le programme de navigation. Trois mesures orientent la décision.
- Longueur : un modèle solo mesure le plus souvent entre 4,3 et 4,9 m ; un biplace de randonnée tourne autour de 5 m, parfois plus. Un bateau long file droit et emporte davantage ; un petit canoë tourne plus vite en rivière.
- Largeur : un canoë large rassure par sa stabilité initiale, utile avec des enfants ou un chien ; un canoë étroit avance mieux mais demande un équilibre plus sûr.
- Relevé de la quille (le « rocker ») : une carène relevée aux extrémités pivote facilement dans les rapides, une carène plate tient son cap sur l'étang.
Le programme tranche ensuite. Pour une descente de rivière en loisir, un biplace en polyéthylène avec trois places, banc central compris, couvre la plupart des sorties. Pour la randonnée fluviale et le camping sur îles, un modèle long en T-Formex ou en composite offre le volume de chargement nécessaire. Pour le torrent, un solo court et relevé, avec réserves de flottabilité, se pilote mieux. Le choix des options compte aussi : sièges réglables, cale-pieds, anneaux d'arrimage et poignées de portage.
Pagayer droit : la technique du canoë canadien
Le canoë canadien avance avec une pagaie simple que chaque équipier tient d'un seul bord, ce qui pousse naturellement l'embarcation à tourner. Les deux pagayeurs se répartissent donc les rôles.
L'équipier de l'avant donne le rythme et la puissance. Celui de l'arrière, le barreur, dirige l'embarcation et corrige la trajectoire par le coup en J : en fin de passe, il oriente la lame vers l'extérieur pour annuler l'effet de rotation. En solo, le pagayeur s'installe au centre ou un peu en arrière, et ce coup en J lui permet de garder le cap sans changer de côté.
D'autres gestes complètent la panoplie pour manœuvrer à la pagaie : l'appel, qui tire le bateau vers la lame, l'écart, qui l'en éloigne, et le coup de gouverne, qui tient la trajectoire dans le courant. Dans les rapides, la position à genoux abaisse le centre de gravité et donne des appuis solides, ce qui stabilise le canoë dans les rapides. Sur un étang, la position assise sur le banc ménage les genoux pendant les longues étapes.
Le stand up paddle partage cette pagaie à lame unique et une partie du geste ; la pratique du stand up paddle debout sur une planche se prend d'ailleurs plus vite en main quand on connaît déjà le coup en J.
Randonnée fluviale et portage
La randonnée en canoë canadien tire parti du pont ouvert : on y arrime des bidons et des sacs étanches pour plusieurs jours, et l'embarcation se porte d'une rivière à l'autre, ce qu'on appelle le portage. Ce savoir-faire héritée des voyageurs reste au cœur du tourisme fluvial au Canada, où des parcs entiers se parcourent ainsi.
En France, les descentes de l'Ardèche, du Tarn, de la Dordogne ou de l'Allier attirent en juillet et en août des milliers de pagayeurs, souvent dans des canoës de location ; le canot loué à la journée reste la porte d'entrée la plus courante. L'exploration sauvage reste possible sur des rivières moins fréquentées, à condition de prévoir les points de sortie et les barrages à contourner. Une bonne répartition de la charge, plus lourde au centre et un peu vers l'arrière, garde le canoë stable et facile à barrer.
Sécurité en canoë : classes de rivière et équipement
La sécurité en canoë canadien commence par la lecture de la rivière, classée selon sa difficulté de la classe I, courant faible ou peu agité, à la classe VI, à la limite du praticable. Les descentes proposées aux débutants restent sur les premières classes.
- Le gilet de sauvetage, ou aide à la flottabilité, se porte pendant toute la sortie, pour chaque passager.
- Le casque s'ajoute dans les rapides, avec des chaussures fermées qui tiennent au pied.
- Le débit, les seuils, les barrages et les arbres tombés se vérifient avant le départ, auprès du loueur ou du club.
- Les affaires sensibles voyagent dans un bidon étanche attaché à un banc, pour ne rien perdre en cas de dessalage.
Pour qui découvre les sports de pagaie, les sports nautiques accessibles aux débutants donnent une vue d'ensemble avant de choisir entre canoë, kayak et paddle.
Canoë canadien : les questions des débutants
Peut-on partir seul en canoë canadien ?
Un pagayeur seul s'en sort très bien avec un modèle solo, ou assis au centre d'un biplace, lesté à l'avant. Le coup en J permet de tenir le cap sans changer de côté, et un bateau court reste plus facile à manier.
Combien de personnes tiennent dans un canoë canadien ?
La plupart des canoës canadiens comptent deux places, souvent complétées par un banc central pour un enfant ou un troisième adulte. Les grands modèles de randonnée accueillent trois adultes et leurs sacs.
Faut-il savoir nager pour faire du canoë ?
Les loueurs et les clubs demandent en général de savoir nager et de ne pas craindre l'immersion, et le gilet reste obligatoire pendant toute la sortie. Un enfant qui ne nage pas n'embarque qu'avec un gilet adapté à son poids.
